Paroles de seins — un cercle de femmes, ouvert au monde
Parce qu’il vaut mieux les écouter avant plutôt qu’après — et qu’à travers eux, nous pouvons découvrir et incarner la femme que nous sommes.
Et si vous écriviez à vos seins ?
Cela peut sembler étrange. Et pourtant, c’est l’un des gestes les plus libérateurs qui soient.
Nos seins portent toute notre histoire de femme : l’enfance, le regard des autres, les amours, la maternité, les blessures, le temps qui passe. Mais on ne nous a jamais appris à les écouter.
Leur écrire, c’est bien plus que se raconter. C’est prendre et habiter sa place de femme. C’est apprendre à mieux se connaître. Car à travers eux, on voit remonter le fil rouge de toute sa vie — ce qu’on a traversé, ce qu’on a tu, ce qu’on est vraiment devenue.
Alors un jour, j’ai proposé à des femmes d’écrire à leurs seins — pour leur parler, les remercier, retracer ce fil. Ce qu’elles ont écrit était bouleversant. Et plusieurs ont voulu offrir leur lettre, pour que d’autres femmes, en les lisant, se reconnaissent et osent à leur tour.
Vous trouverez ici leurs lettres, et le canevas pour écrire la vôtre.
Une bibliothèque de consolation vivante
Ce sont des paroles de seins. Des femmes qui se parlent à elles-mêmes à travers leur propre corps — en pleine santé, malades, en rémission, jeunes ou mûres. Une femme écrit, et un jour une autre la lit et comprend qu’elle n’est pas seule. Lisez-les comme si vous écoutiez une femme dans un cercle. Commencez par celle qui vous appelle.Pour respecter l’intimité de chacune, les prénoms et certains détails ont été modifiés. Les histoires, elles, sont rigoureusement vraies.
Écrire la vôtre
Vous n’avez jamais écrit à vos seins ? Je vous ai préparé un guide doux — le canevas qui vous permet de retracer le fil rouge de votre histoire et d’écrire la vôtre, de l’enfance à aujourd’hui.
C’est un cadeau. Libre. Sans contrepartie.
Télécharger le canevasOffrir votre lettre
Si vous l’écrivez et souhaitez, à votre tour, l’offrir, vous pouvez me l’envoyer — à moi personnellement, comme premier témoin. Avec votre prénom ou sous un pseudonyme. Rien ne sera jamais publié sans votre accord.
Chaque lettre reçue nourrit cette sein-phonie de femmes qui apprennent à s’écouter.
Comprendre, et transmettre
Ces lettres naissent de l’écoute des seins. Pour comprendre pourquoi ils parlent — leur biologie, leur langage, leur mémoire — et pour découvrir tout le sens de cette démarche, deux chemins vous attendent.
Exister est un fait, vivre est un art.
❀
Camille
Du deuil et de la maladie naît un chemin
Enfant, je ne me préoccupais pas de vous. Vous étiez discrets comme ceux de mon frère avec qui je jouais. Je pouvais vous montrer sans gêne et sans vous j'étais enfant, la dernière enfant de toute la famille, pour mes parents, mes frères et sœurs ainsi que pour mes grands-mères et oncles et tantes.
Je ne m'attardais pas sur vous.
Quand ma mère me prenait sur ses genoux, ce qui était rare … souvent en voiture car il n'y avait pas d'autre place, ses seins prenaient toute la place, j'étais collée à eux et cela me gênait beaucoup. Nous étions une famille très pudique et cela me mettait mal à l'aise d'être proche de ce qui était tabou. La nudité était tabou et tout ce qui appartenait au sexe était soigneusement ignoré, aucun mot n'était déposé à ce sujet.
À cette époque j'avais peur que vous deveniez aussi gros car je pensais ne pas pouvoir assumer cette image. Ma grand-mère maternelle ainsi que la directrice d'école étaient aussi fortes de poitrine que ma mère, aussi rigides et sévères qu'elle. Et cela m'effrayait.
Ma mère a toujours été fière d'avoir allaité ses enfants … et en plus a donné son lait pour un enfant. Pour moi, les seins n'avaient qu'un rôle de maternité, le côté sexuel à cette époque ne m'effleurait pas encore.
Mes seins, comme mes règles, sont venus tardivement, ce qui me mettait à l'écart des autres filles, je me sentais vue comme quelqu'un d'insignifiant, même pas capable de me développer comme les autres.
Je me souviens vaguement de l'achat de mon premier soutien-gorge car c'est ma mère qui m'a emmenée dans un magasin, c'est elle qui l'a choisi, je ne me rappelle pas l'avoir même essayé, il était en vichy rose et blanc. Et cet achat n'était pas pour me faire plaisir mais simplement parce que j'allais être hospitalisée pour une opération des yeux (strabisme). Et ce souvenir est lourd car ce ne sont pas mes parents qui m'y ont conduite à l'hôpital mais ma sœur aînée. Je suis rentrée de cette intervention après quelques jours en train avec ma sœur. Mes parents pendant ce séjour ne sont pas venus ni me voir, ni donné un coup de téléphone … un silence complet, un abandon et tout cela à l'âge de 15 ans. Je partageais une chambre avec une dame dont le mari rendait visite chaque jour et pendant ce moment un médecin est entré pour m'ausculter avant l'intervention et il n'a pas fait sortir la personne ni tiré un rideau et m'a demandé de me déshabiller. J'en ai été humiliée, vexée, vous, mes tous petits seins, étiez montrés sans que je puisse dire ou faire quelque chose.
Pendant l'adolescence vous restiez petits et j'en étais très complexée. Les garçons ne me voyaient pas, je n'avais pas d'attrait sexuel pour eux, je restais la petite fille. Je n'ai pas eu de petit copain pendant mon adolescence. Ma meilleure copine jusqu'à mes 16 ans avait de gros seins et donc quand nous étions ensemble tous les regards étaient pour elle. J'ai donc passé ces années en vous cachant sous de larges vêtements.
À l'âge adulte, j'osais plus m'affirmer, vous montrer, j'osais et aimais faire du monokini. Je n'ai jamais eu beaucoup d'attention à mes sous-vêtements. J'aurais aimé que vous soyez plus volumineux. C'est mon premier petit copain, à l'âge de 25 ans, qui m'a permis de me voir plus séduisante, plus en harmonie avec mes formes (car j'étais mince) donc plus femme. C'est à partir de ce moment que je vous ai acceptés complètement.
Être enceinte a permis que vous preniez une place plus importante et j'en étais très fière. Vous m'avez permis d'allaiter mes deux filles et cela avec beaucoup de bonheur. C'est après l'allaitement que j'ai eu du mal à vous retrouver, vous étiez encore plus petits et mous. Mon ex-mari disait, en rigolant … pour lui, « qu'il avait été eu sur la marchandise ». Et cela me faisait un mal de chien !
Ma fille au contraire a eu vite une grosse poitrine. C'est elle qui m'a poussée à vous mettre en valeur, à oser porter des décolletés.
Cela fait une dizaine d'années que je vous aime vraiment et que je prends plus de soins de vous, en choisissant des soutiens-gorge plus jolis et en vous soignant et c'est surtout depuis l'absence d'envie de maternité que mon plaisir est plus intense, complet.
Je vous remercie pour le plaisir que vous m'apportez, pour toutes ces sensations, pour la place que vous avez dans ma vie. Ce néo au sein droit m'apporte un grand bouleversement dans ma vie, une remise en question profonde, me fait voir le peu de place que je vous ai accordé. C'est le deuxième gros choc de ma vie, la mort de ma fille et maintenant cette maladie et ces deux événements m'apportent énormément de richesse, de prise de conscience et d'évolution pour continuer mon chemin. Merci à vous mes seins pour ce cadeau.
— Camille
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Yasmina
Combler son vase de féminité, à soixante ans
C'est avec beaucoup d'amour que je m'adresse à vous. Je tiens à vous remercier, mes sœurs, pour votre générosité de m'avoir partagé vos si belles lettres. Y a-t-il plus beau cadeau que celui qui vous ouvre à la vie ? Et vos lettres sont une ouverture à la vie. Donc je me suis décidée moi aussi à faire preuve de générosité et à vous faire le cadeau de ma lettre aux seins, ainsi qu'à toutes celles à qui ma lettre pourrait, elle aussi, faire du bien.
L'histoire est peut-être triste mais je me sens remplie de lumière, d'espoir et de reconnaissance envers la vie que je mène aujourd'hui. Aujourd'hui il ne me reste plus qu'un sein que j'aime énormément et que je trouve très beau. Vous comprenez donc que je ne veuille pas le perdre.
Tout à coup je réalise que ce n'est pas de mes seins que je veux parler mais des seins d'une petite fille, d'une jeune adolescente. Elle avait 13 ans et moi j'en avais 11. Nous faisions toutes les deux un séjour de 6 mois dans un préventorium. Elle avait un voile au poumon et moi je traînais depuis l'âge de 6 ans une tache au poumon. À l'âge de 6 ans j'ai fait un séjour d'un an dans un préventorium. De retour à la maison cette tache n'avait pas disparu puisqu'à 8 ans je suis retournée dans un sanatorium de nouveau pour un séjour d'un an.
J'ai donc vécu deux séparations, d'un an à chaque fois. Elles étaient douloureuses car je devais quitter ma maman, ma famille… et pourtant je n'y étais pas heureuse. Mais voilà , être séparée de ma maman et vivre à l'écart de ma famille m'était extrêmement pénible et douloureux. J'ai le souvenir d'un gouffre, d'un trou noir. Et tout cela pour guérir de ma tache au poumon. Je lui en ai voulu à cette maman qui m'a privée de sa présence et qui m'a laissée partir pour guérir.
Je partais pour guérir mais là où j'allais, il n'y avait que manques et frustrations, pas de caresses, pas d'amour, que des petites filles « malades ». Des petites filles qui malgré tout, jouaient, s'amusaient entre elles, vivaient.
Je me retrouve donc au préventorium, j'avais 11 ans. Et là , je me suis attachée à une autre petite fille ou adolescente de 13 ans. Je la trouvais jolie, bien habillée, j'avais l'impression qu'elle faisait partie d'un autre monde social que le mien, celui d'une petite enfant d'immigrés. Une amitié s'était installée entre nous, nous étions toujours ensemble. Le soir nous dormions toutes dans un dortoir. Je dormais près d'elle. Un soir j'ai rapproché mon lit du sien. Je me rappelle m'endormir, ma main sur son sein. Il devait certainement m'apaiser, me réconforter. Il était doux, chaud, agréable. Chaque soir nous vivions ce petit rituel. Pour moi, je ne faisais rien de répréhensible. Dans ma souffrance d'être séparée, je vivais enfin de bons moments.
Mais les bons moments ne sont pas éternels. Les sœurs du préventorium ont été mises au courant de ce qui se passait entre ces deux petites filles. Et l'interdiction formelle de nous voir ensemble fut proclamée. Ma souffrance fut immense. Je n'avais plus d'appétit, je n'avais plus de plaisir à résoudre mes problèmes scolaires. Et le comble, cette fille que j'aimais tellement se faisait consoler la nuit dans son lit par une monitrice de garde. Ma souffrance était au comble. Je dépérissais. On m'a renvoyée chez moi. Je n'ai plus eu de nouvelles de cette petite fille, si ce n'est quelques années plus tard une carte postale. Je ne lui ai pas répondu, j'avais tourné définitivement la page de mon enfance.
Voilà résumé en quelques lignes l'histoire de mon enfance. Mes petits seins d'enfant étaient absents. J'avais trop besoin de seins réconfortants.
À l'adolescence, j'ai pris le dessus. Comme toutes les filles de mon âge, j'ai eu des amoureux. Je n'ai jamais vraiment donné d'importance à mes seins. Je les trouvais trop petits. Je ne suis jamais entrée dans une intimité avec eux. Adulte, ils ne m'ont pas réveillée à ma féminité. Je ne les ai jamais imaginés capables d'allaiter. Est-ce pour cela que je n'ai pas eu d'enfants ?
Une phrase me vient à l'esprit : père manquant, fils manquant. Et moi j'ajoute : père manquant, fille manquante. Aujourd'hui à 60 ans, je me dis que j'ai un vase à remplir de féminité et je m'en sens capable. C'est cela que je trouve formidable.
— Yasmina
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Carmen
Après l'ablation, se redresser
Sans la demande de Judith, je ne vous aurais jamais écrit.
Ce n'est pas que je ne me regarde pas dans la glace et ne vois pas un corps différent d'il y a 5 ans (celui de gauche en moins), d'il y a 4 mois (celui de droite en moins) mais les cicatrices sont très belles, c'est une nouvelle esthétique sans vous. Et puis vous n'avez jamais été bien gros mais je vous aimais bien et votre petit mamelon aussi !
Quand ai-je réalisé que j'avais des seins ?? Drôle de question ! Cela fait partie de mon corps, petit à petit vous vous êtes développés. Une amie de ma grand-mère a fait pour moi, quand j'étais petite, 4 ou 5 ans, des faux seins roses, je les ai toujours. Un ruban de velours rose réunit 2 coussinets sur lequel se trouve un petit nœud rose bien sûr. Superbe, coquin.
Parler de vous, des seins, avec mes copines, ma famille, ma sœur n'a jamais été un sujet de conversation. Je sais que maman a dû s'arrêter de m'allaiter, 2 ou 3 jours après ma naissance, car elle avait de l'infection. Je sais que ma grand-mère maternelle avait de gros seins et qu'on lui avait mis des bandages donc plus âgée, ils pendaient… et on les appelait oreilles de cocker. Ma sœur avait un appareil dans lequel elle glissait son sein pour le doucher !! Vous, je ne vous ai pas donné de surnom, ni traité de façon spéciale.
À l'adolescence, je sais que trouver un soutien pour vous « soutenir » ou donner un beau relief à mes pulls n'était pas chose aisée car votre taille était mini. Je n'aimais les armatures pour vous galber ni vous couvrir de couleurs, c'était plutôt en blanc ou en chair que je vous couvrais.
Adulte et avec le papa de mes enfants, j'aimais qu'il vous touche, vous suce et ressentir cette peau plus douce qui faisait le mamelon, mais je ne lui ai jamais dit.
Aucun de mes enfants ne sont venus vous téter, cela ne me disait rien, me rebutait et puis cela permettait au papa de donner le bibi. De ces 2 maternités, vous n'avez pas profité et êtes restés tout aussi petits. Vous étiez en forme de poire, comme le disait la vendeuse chez qui j'allais parfois acheter un soutien, elle me montrait que je devais vous tirer vers l'intérieur, bien vous positionner !!
Même mes maillots n'avaient pas de supports pour vous, c'était le modèle sport pour vous. Je n'ai jamais aimé les gros seins, ils me mettent mal à l'aise, alors vous étiez bien pour moi.
Ensuite, toi le gauche, tu as changé, grossi et piqué. Une mamo, une biopsie, les premiers traitements et hop toi celui de gauche, on t'a enlevé. J'ai pris des photos que j'ai effacées il n'y a pas longtemps. Et puis, c'est toi celui de droite que l'on a enlevé dans le cadre d'une mastectomie de propreté !
Je suis une femme, j'ai eu des seins, je vous ai eus, je ne vous ai pas prêté assez attention peut-être, je n'aimais pas vous palper, et d'homme je n'avais plus. J'avais fait un premier jet d'écriture et ayant remarqué que je vous disais « ils », j'ai tout changé. Je pense à vous, votre « départ » marque un moment de ma vie. Je viens d'aller m'acheter un pull et ma silhouette, sans vous, est plate !!
Alors je vais, non remettre les prothèses en cyclone, mais les petites formes légères que l'on remplit d'ouate, et je vais me redresser. Allez hop en route.
— Carmen
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Naïma
Devenir actrice, arrêter de tout porter
Étant donné que je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé avant mes 7 ans, mes seins au même titre que tout le reste font partie de cette zone d'ombre.
Que venez-vous faire dans ma vie, les seins ? Mon père biologique qui m'a abandonnée lorsque je n'avais pas un an voulait un garçon donc vous n'avez aucune raison d'être. Qu'est-ce que j'étais bien avant, quand vous étiez petits, cela passait inaperçu, j'avais mon rôle de garçon manqué dans les cours de récré où je pouvais jouer au foot avec les copains. Je pouvais me balader à vélo sans t-shirt et sans aucun commentaire.
Ensuite, lorsque vous apparaissez, vous êtes la tentation pour mon beau-père qui n'en rate pas une pour me plaquer au sol et vous peloter. Ma mère n'est jamais intervenue et tout cela semblait normal. Elle trouvait ses seins trop petits et devait en faire des tonnes et être dans l'artificiel pour se sentir regardée ou aimée.
Pas de souvenir du premier soutien-gorge qui vous a porté, soutenu ou protégé. À l'âge de 17 ans, la femme de mon oncle m'emmène faire du shopping et m'offre un magnifique bikini et des sous-vêtements. Le soir venu, je dois défiler dans le salon pour montrer à mon oncle ce qu'il avait sponsorisé. J'étais très mal à l'aise. Jusque-là , je n'ai jamais vraiment compris votre utilité…
Les premières caresses des garçons sont plaisantes et m'apprennent à voir ou plutôt à sentir votre intérêt. Je porte donc un peu plus d'attention à vous et à vous mettre en valeur dans des sous-vêtements mieux choisis. L'amoureux de mes 18 ans qui est devenu mon premier mari, vous aimait beaucoup et n'hésitait pas à casser sa tirelire pour vous, que nous soyons bien vous et moi. Puis la routine s'est installée, en 10 ans tout est devenu prévisible aussi dans les actes sexuels et nous ne trouvions plus de plaisir vous et moi à être avec lui.
À un peu plus de 30 ans, pour rentrer dans le rang, mon futur deuxième mari s'est installé chez moi. Au départ, on s'amusait bien vous et moi avec lui. Prendre soin de la femme ou de ses seins ne rentrait pas dans son mode de fonctionnement. Puis, vu qu'il ne pouvait pas me faire d'enfant, vous n'aviez plus vraiment eu d'autres rôles que celui de donner du plaisir mais bon tout ça était lointain, frustrant, donc vous étiez là en garniture.
Mon premier enfant est arrivé, un fils, qu'est-ce que j'étais fière, un magnifique petit garçon colombien. Deux ans plus tard, une petite fille nous est attribuée. Mais une fille c'est compliqué, capricieux, voilà les croyances qu'on m'avait inculquées en plus de mes propres expériences de relation mère-fille, c'était un peu la panique. Un an plus tard, ma petite fille du soleil au caractère déjà bien présent est venue nous rejoindre. Voilà enfin la famille que j'espérais tant.
Je ne vous ai pas allaités cependant mon rôle de mère était bien plus important que mon rôle de femme. Là , j'existais !! Mes enfants ont besoin de moi, je peux montrer que je suis bien plus capable que celle qui m'a mise au monde de les protéger, nourrir, choyer, dorloter, aimer, éduquer… J'en suis même capable toute seule et ne vois pas la valeur ajoutée de ce boulet, qui au final me considère comme une vache à lait et ne m'apporte ni épaule, ni réconfort, que ce soit pour les enfants ou pour moi.
Nous revoilà à nouveau seuls mes seins et moi dans mon rôle de femme. Je vise toujours mon idéal : former une famille. Je pense avoir rencontré la personne qui me correspond, intellectuellement parlant. Aujourd'hui, il ne souhaite pas s'engager et n'est pas constant dans ses échanges, mon caractère lui fait un peu peur et il est préoccupé par ses ambitions, sa carrière… Et puis il ne s'occupe que rarement de mes seins et se limite plutôt à mes tétons.
Un jour au matin, je sens une boule au sein droit, pas l'habitude de vous toucher mais là j'insiste un peu et 3 jours plus tard, lors d'une mammographie, ce que je savais m'a été confirmé. Merde ! L'intervention chirurgicale pour nous sauver, est une évidence pour moi et puis j'ai mes enfants… Ils sont encore petits. Consciente que je suis sur le mauvais chemin de l'idéal de vie que je me suis imaginé. Idéal qui ne sera peut-être plus le même demain… Mais en attendant, bordel comment changer ????
Merci à toi mon sein droit de m'aider à apprendre à vous écouter, vous aimer afin d'avancer vers une vie qui me correspond mieux, à trouver ma place dans une relation et d'arrêter de tout assumer constamment. Merci pour ce temps de réflexion que tu m'octroies pour apprendre à m'occuper de moi.
— Naïma
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Sylvie
Apprendre à aimer ses seins
Quand j'étais enfant, on me prenait parfois pour un garçon : mes cheveux étaient coupés court (choix de ma mère) et j'étais plutôt costaude. Je me rappelle que dans la cour de récréation, j'amusais les autres en les faisant tourner en l'air. J'aurais voulu être plus féminine et toute fine comme mes petites camarades.
Quand j'étais enfant, je me rappelle avoir joué au « docteur » avec mon cousin : j'étais la « patiente » et il a « ausculté » ma vulve mais pas mes seins. Mes seins ont commencé à pousser vers l'âge de 11-12 ans.
Quand je suis entrée à l'école secondaire, dans les vestiaires du cours de gym, je crois qu'une autre élève m'a fait une réflexion m'enjoignant à porter un soutien-gorge. J'en ai été surprise et gênée.
Mes seins ont encore poussé jusqu'à ce que je les trouve trop gros et pas assez gracieux. Je pense que je n'ai jamais aimé mes seins pendant ma jeunesse. Il me semble que leur poids a fait qu'ils se sont très vite affaissés. D'autre part, j'étais plutôt gênée de cette grosse poitrine et préférais camoufler mes seins sous des vêtements amples. Pendant toute ma jeunesse, j'ai rêvé d'être toute fine. Alors, la poussée de mes gros seins m'a éloignée encore plus de cet idéal et ces gros seins m'ont vraiment gênée.
De plus, avant que je n'allaite mes enfants, je n'avais pas de tétons « durs » : le bout de mes seins n'était pas « structuré » mais complètement relâché, ce que je ne trouvais vraiment pas joli. Par contre, je trouvais les seins de ma mère jolis : fermes, bien proportionnés et rehaussés par de jolis tétons.
À partir de mes 18 ans, ma mère m'emmenait dans un magasin de lingerie fine pour y acheter mes soutiens. Ma mère m'enjoignait à porter des soutiens avec armature qui font une plus jolie poitrine et maintiennent mieux. Moi, j'étais ennuyée de devoir acheter des grandes tailles avec des grandes poches…
Finalement, ce n'est qu'il y a quelques années (en particulier après l'allaitement longue durée de mon dernier enfant) que j'ai commencé à goûter le plaisir physique des caresses sur mes seins, et en particulier des succions à mes tétons.
Mon mari a apprécié mes gros seins : il aimait les palper, les caresser, les comparer à de la « gelly ». Il m'a sûrement aidée à me réconcilier avec mes seins : enfin, quelqu'un leur trouvait de la valeur ! Quelques années après avoir rencontré mon mari, j'ai perdu une dizaine de kilos et mes seins ont maigri aussi, ce que j'ai apprécié.
Mais ce qui a le plus contribué à faire fondre mes seins, c'est l'allaitement de mes enfants : plusieurs mois avec ma première et près de trois ans avec les suivants, cela vous change des seins ! Au fil de mes enfants, j'ai apprécié de plus en plus l'allaitement et j'étais ravie de donner à mes enfants le meilleur aliment qui soit pour leur âge : mes seins sont encore montés en grade. D'autant plus que l'allaitement avait enfin façonné mes tétons, ce qui a rendu mes seins beaucoup plus jolis, même s'ils pendent encore plus qu'avant !
Un jour, alors que j'allaitais encore mon plus jeune enfant, j'ai senti une petite boule dans mon sein gauche, un peu au-dessus du mamelon. L'échographie et la mammographie (commandées en urgence) ont révélé qu'il s'agissait d'un simple kyste. J'ai eu très peur quand j'ai senti cette boule et ai été rassurée qu'il ne s'agisse que d'un kyste.
Aujourd'hui, j'aime mes seins et je suis convaincue qu'ils séduisent mon mari. En particulier, j'aime qu'il prenne mes seins dans ses mains lorsque je suis sur lui pendant l'amour : cela m'excite beaucoup. Aujourd'hui, je suis passée à une taille en dessous de ce que je portais avant mes enfants et cela me convient. Mon mari continue à les trouver beaux, même s'ils sont plus petits qu'avant.
Depuis quelques années, j'ai l'impression de ressentir plus qu'auparavant le déroulement de mes cycles menstruels. En particulier, je vois nettement mes seins se dégonfler après mes règles. Je m'inquiète vite lorsque mes seins sont un peu douloureux : je pense très vite au cancer ! Je trouverais tellement dommage que mes seins soient opérés, ou pire enlevés ! Mes seins sont une part importante de ma féminité, moi qui n'ai pas de taille, peu de hanches et des épaules robustes. Alors, j'y tiens !
— Sylvie
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Lila
L'attente, la pudeur, la promesse
Mes très chers seins, il me semble que vous soyez apparus assez tôt dans mon existence. Je me souviens de cette période. Période où ma timidité dominait encore ma vie, et où je mettais tout en œuvre afin de ne pas sortir de la norme. À cause de vous, rien ne s'est passé comme je l'avais prévu. Vous tenant comme avantage un jour, je vous maudissais le lendemain, pour de nouveau vous bénir le jour suivant. Je calquais trop souvent mon jugement sur le regard des autres.
Je me souviens de mon premier soutif. Ou plutôt première brassière, car ce n'était pas un soutien-gorge à proprement parler. Nous avions fait les courses, en compagnie de ma grand-mère qui avait pris les choses en mains. Très pudique à l'époque, j'avais dû me résigner à le mettre pour lui montrer s'il m'allait bien. Le fait que mon frère et ma sœur passent par là au même moment pour me dire que j'étais « belle » ainsi vêtue ne fit qu'en rajouter à ma gêne.
Je gardai longtemps la brassière, dont l'esthétique laissait à désirer, me demandant sans cesse pourquoi je n'avais pas des soutiens-gorge normaux comme les autres, mais ne faisant rien pour en changer. Ça n'avait apparemment pas tellement d'importance.
Je vous ai presque toujours trouvés trop gros, trop remarquants, bien que vous ne soyez pas énormes. Juste trop voyants par rapport à la moyenne. Cela fait maintenant quelques années que j'ai commencé à dompter ma timidité, et que je vous ai enfin remarqués en tant qu'atout, et non comme désagrément. Hé oui, mes très chers seins, vous êtes un atout. Atout vis-à -vis de l'homme. Atout vis-à -vis de la silhouette. Atout vis-à -vis de l'allaitement. Car en effet, si vous êtes présents, c'est bien que vous avez une raison de l'être !
Je vous sais insatisfaits de n'avoir encore jamais été touchés, caressés par les mains hardies d'un jeune homme amoureux, mais que voulez-vous, la patience est le prix à payer lorsque l'on décide de n'appartenir qu'à un seul et même homme tout au long de sa vie !
J'ai enfin appris à vous accepter tels que vous êtes, à vous aimer et à vous trouver beaux. Je vous remercie d'exister et je vous promets à l'avenir de vous prêter davantage de soin et d'attention. J'espère que nous vivrons ensemble une belle et heureuse vie, et que jamais rien ne nous séparera.
— Lila, seize ans
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Esther
Apprivoiser, après des années de silence
Mes chers seins, voilà 48 ans que vous êtes à mes côtés et je prends seulement soin de vous en pleine conscience. Je vous ai apprivoisés, ou plutôt j'ai commencé à vous apprivoiser il y a quelques mois. Je vous demande pardon de vous avoir délaissés, ignorés, jugés, toutes ces années. Vous étiez là , et je ne vous ai jamais porté un réel intérêt ou si mal.
Depuis que je m'intéresse à vous, je commence à vous aimer pour ce que vous êtes et comme vous êtes. Et je ne voudrais pas vous changer car vous êtes uniques. Vous êtes pour moi et je sens un grand amour naître entre nous. Alors, merci d'être là depuis toujours, fidèles et discrets à mes côtés, vous contentant de peu, de très peu. Du trop peu que je pouvais vous donner.
Vous êtes là depuis toujours mais je ne me souviens pas de ma première rencontre avec vous. Je ne me souviens pas avoir vu mes petits tétons pour la première fois. Je me souviens avoir vu les seins de ma mère alors qu'elle allaitait mon frère. J'avais 9 ans et demi. J'ai été impressionnée par leur taille. Ils étaient très volumineux. Je ne les trouvais pas beaux et je crois même qu'ils m'ont fait peur. Je ne voulais pas avoir des seins comme elle, ça, c'était sûr !
J'étais assez pudique. J'ai été habituée comme ça. Je ne me suis pas vue grandir dans un miroir car celui de la salle-de-bain était bien trop haut pour ma taille d'enfant. Je ne me suis jamais promenée nue ; ni enfant, ni adolescente, ni adulte. Je l'ai fait une seule fois, il y a quelques mois. Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais vu mon père nu.
Je ne me souviens pas que ma mère m'ait parlé de mes seins. Elle m'avait déjà fait remarquer que j'avais hérité de la famille de mon père et que j'étais comme mes tantes : pas grosse et avec une petite poitrine. Mon père ne m'a jamais parlé de mes seins. D'autres personnes non plus. Les seins, pour moi, c'était acquérir l'identité physique de ma féminité. J'étais impatiente de les voir prendre forme.
Je me souviens d'un fait marquant : ma jeune sœur et moi avions pris notre bain, un samedi soir, avant le repas. Nous nous étions amusées, avec des petites boules de coton, à nous faire des petits seins et nous étions descendues à table ainsi. Lorsque mes parents ont remarqué la chose, ils se sont fâchés et nous avons été priées d'aller enlever ça sur-le-champ et de ne plus recommencer. Je ne voyais pas ce que j'avais fait de mal. J'étais juste en manque de voir mes seins grossir. C'est comme si on avait nié ma future féminité.
À l'adolescence, j'étais bien heureuse de les voir arriver. Mais c'était si lent ! Les filles, autour de moi, étaient déjà bien formées et moi j'étais à la traîne. Mon rapport à mon père n'a pas changé. Il n'a jamais fait de remarques ou d'allusions à ce sujet. Comme si mon corps n'existait pas pour lui, si ce n'est sur le plan de la santé.
À la majorité, je me suis contentée de ce que vous êtes devenus. C'est peut-être à cause de votre taille menue que je ne vous ai pas accordé beaucoup d'attention. Je ne vous utilisais pas pour séduire. Dans ma tête, c'était défendu. Lorsque je voyais de la publicité féminine, cela m'attirait mais je me disais que ce n'était pas pour vous, que vous n'apparteniez pas à ce monde. Quel dommage de vous avoir traités ainsi.
Et puis, un jour, les choses ont changé. Vous avez changé, vous vous êtes transformés car le premier bébé (une fille) arrivait. Et puis, vous me faisiez mal. La peau était tendue. Je voulais allaiter et j'avais aussi envie d'allaiter. Mais là encore, quelle douleur physique ! Les crevasses et cette peau claire et sensible qui m'énervait une fois de plus. Mais je n'ai pas voulu céder ni au découragement, ni à la douleur. J'ai eu beaucoup de peine quand ma mère m'a dit que mon lait, votre lait, n'était pas riche. C'était vous nier dans ce que vous étiez capables de faire. J'ai bu des litres de thé de fenouil, j'ai soigné mon alimentation…
Pour le deuxième bébé (un garçon), vous vous êtes mis à réagir autrement : par des lymphangites. J'ai découvert une autre douleur. Et pourtant, je me suis occupée de vous : les crèmes, les douches et les massages, les cataplasmes. Pour le troisième, j'ai été exigeante envers vous, je voulais vous rattraper au tournant. Et pour le quatrième bébé, j'étais plus confiante. J'avais plus confiance en vous, en votre potentiel nourricier. Et j'ai été fière de vous.
Aujourd'hui, lorsque je parle avec des mamans qui allaitent et qui me disent que ça marche bien, je les envie. Je ne vous en veux pas mais j'aurais tellement aimé que cela soit un plaisir et non une souffrance.
Mais je vous chéris depuis quelque temps. J'arrive maintenant à vous voir de face et de profil dans le miroir. Voilà bientôt un an, j'ai osé mettre un autre miroir qui me permet de voir mon corps aux deux tiers. Je vous caresse, je vous masse, je vous fais du bien. Je vous mets devant le chauffage électrique pour vous donner de la chaleur. Celle dont vous avez tellement manqué…
Je veux vous valoriser, montrer que vous êtes beaux. On ne vous l'a jamais trop dit. On ne m'a jamais appris à m'occuper de vous. Maintenant que j'y arrive, je souhaite aborder ce sujet avec ma fille, essayer de combler les manques avant qu'il ne soit trop tard.
Alors ce soir, je voudrais vous dire que je vous aime, tels que vous êtes. Je veux prendre soin de vous, vous donner de la douceur et essayer de combler tout ce dont vous avez manqué depuis si longtemps, depuis vos origines. Je ne veux pas vous perdre. Je tiens à vous, vous m'êtes précieux, vous êtes un signe essentiel de mes valeurs féminines dans mon corps. Je vous embrasse avec douceur, avec tendresse, avec délicatesse comme deux perles rares, précieuses, uniques. Je vous veux tant de bien…
— Esther
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Éliane
Pardon à un sein longtemps maltraité
Je ne me rappelle pas bien votre apparition, ni de votre développement. Je me rappelle seulement de la première fois où je vous ai « emballés ». J'étais dans la salle à manger, contente de vous voir et de mettre mon premier soutien-gorge, blanc. Je me regardais, m'admirais, mon frère était là et j'étais contente de lui montrer mon premier soutien-gorge. Je paradais fière quand subitement notre mère est arrivée et m'a « mal traitée » !!! Je me suis cachée, gênée, honteuse, sale ! Et depuis ce jour, j'en suis désolée mais je vous ai cachés.
Encore que, pas tout à fait, je me souviens, vers 12 ou 13 ans, à l'athénée, les filles regardaient beaucoup les « seins »… j'étais peut-être un peu complexée, en tout cas pas très fière de moi, de vous, car je me rappelle avoir été une fois surprise par une copine, lors d'une visite médicale je pense, avoir mis deux soutiens-gorge pour vous faire paraître un peu plus gros peut-être ?? Encore une mauvaise idée. J'ai été à nouveau jugée, rejetée, montrée du doigt. Tout le monde en a parlé. La honte. Je me dis aujourd'hui que peut-être ces filles étaient jalouses. En fait, à l'époque, j'avais beaucoup de succès auprès des garçons et ils étaient nombreux à me faire des petits cadeaux.
Un jour il y a eu ce jeune homme qui est entré dans ma chambre. Il devait avoir 18 ans, moi j'en avais 13. Lui savait et moi je ne savais rien. Il m'a enlevé ma virginité. Il sentait mauvais, une odeur de rut sans doute. Je ne me souviens même pas s'il vous a caressés. Je suis désolée de ne pas vous avoir protégés et de vous avoir laissé faire n'importe quoi par n'importe qui.
Je ne vous ai plus regardés et surtout pas mes petits « tétons ». Rien que d'écrire le mot me bloque. C'est peut-être pour cela que je n'en ai pas… c'est peut-être pas une coïncidence.
Mes chers seins, j'ai envie de vous dire merci, car, malgré mes « mauvais fonctionnements » vous êtes restés présents et efficaces et m'avez permis d'allaiter mes trois enfants… MERCI !!!! Vous étiez beaux à cette période. Bizarrement, je vous sentais à moi, seulement.
Ai-je vu les seins de ma mère ? Je n'en ai pas de souvenir, elle était forte… Me suis-je comparée à elle ? Peut-être… moi, mes seins, les miens, vous étiez petits… mais bon !!! Je pense avoir eu très tôt des difficultés avec la nudité. Mon père… absent !!!! après les débordements dont il a fait preuve lors de mon plus jeune âge… et lui, mes seins, non !!! vous n'étiez pas encore là , loin de là … vous aurais-je inscrits « absents » de là ?????
Que représentiez-vous pour moi ? Un problème, une difficulté… une comparaison avec les autres filles, belles, elles… (je l'étais pourtant et ne le savais pas..) J'étais frustrée je pense, honteuse. Non, vous sembliez aussi un peu « absents » des « sensations », j'ai dû bloquer quelque chose, je suis désolée… je ne vous ai pas donné vie à part entière, vie que vous méritiez, vraiment… désolée… vous chez vous, cependant là … pas si moches finalement…
J'aurais dû mieux vous « soigner », vous regarder, vous féliciter… je le fais à présent, même si aujourd'hui vous vous « recroquevillez » !!! et mieux, merci d'avoir guéri aussi bien, toi, mon sein droit, je t'en ai pourtant fait voir, lors du cancer enlevé, étant donné l'abcès, comme je t'ai « mal traité »… oh !! j'ai vraiment été méchante avec toi, pardonne-moi, vraiment, ce n'était pas avec toi que je pensais être méchante, je voulais faire sortir le « pus », je pensais plutôt aux crasses que mon père m'avait fait vivre et je voulais me nettoyer, je me suis servie de toi… quelle mauvaise idée, pardon, je n'ai pas pu faire mieux, alors… je n'avais pas compris, merci d'avoir tenu et accepté toutes ces épreuves mon sein droit… merci d'avoir gardé ta place, de reprendre place, je vais essayer de te la rendre encore mieux… j'ai encore besoin d'aide pour cela, mais MERCI et RESPECT…
Tu es vraiment très petit, mais je te caresse, je suis émue… pardonne-moi.
— Éliane
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Andréa
Choisir la douceur
Mes très chers seins, quand je vous ai regardés pour la première fois et pris conscience de votre présence, j'étais encore persuadée que j'étais un garçon. Donc, je ne vous attribuais pas beaucoup d'attention. À 3 ans, je rigolais des filles de mon âge qui portaient un petit soutien bikini. Moi j'étais heureuse de courir partout en été le torse nu comme un gamin.
À 4 ans, Damien, un petit voisin, m'a appris que j'étais une fille en me demandant de me déshabiller pour voir mon zizi. Le drame fait par Maman quand elle m'a trouvée les fesses à l'air devant la porte de rue m'a obligée à comprendre et accepter que je serais plus tard une fille, une femme. Ça ne m'arrangeait pas. De ce fait, j'ai surtout fait attention à vous, pour m'assurer que vous restiez bien plats, ce qui me permettrait jusqu'à l'adolescence de faire encore comme si j'étais un garçon.
À 6 ans, à l'école, je me souviens avoir tiré mon tee-shirt pour faire 2 pointes en avant, quand je singeais la directrice derrière son dos. Néanmoins, à ce moment-là , j'ai eu la pensée que plus tard cela m'arriverait aussi d'avoir ces trucs encombrants sur ma poitrine.
Je ne me souviens pas avoir reçu un regard de ma famille (mère, père, sœurs) à votre égard. C'est Vincent, un homme de la ferme, qui quand j'avais 7 ou 8 ans, fut le premier à leur porter son attention. En été, pendant la moisson, j'étais couchée dans les blés, j'avais mon tee-shirt blanc avec un D brodé sur le sein gauche. Il me demandait de le remonter pour voir mes seins. Il les regardait et les caressait. Je ne comprenais pas bien son geste car mes seins étaient tout plats mais j'aimais bien sentir sa main chaude sur mes seins. Je vous ai découverts à ce moment-là .
J'étais pudique car je mettais toujours ma petite culotte mais j'adorais laisser mes seins bronzer au vent et au soleil. C'était normal pour moi puisqu'ils étaient plats et dans cet état je pouvais me comporter comme un garçon.
Quand vers mes 10 ans, vous avez commencé à me faire mal, car vous preniez une petite forme arrondie sur mon buste, j'ai été contrariée. Je sentais une boule naître sous mes tétons, j'en ai parlé à Maman qui m'a juste répondu que c'était normal. Alors, spontanément, je mettais toujours mon tee-shirt pour vous cacher. Je craignais surtout qu'on vous voie. Mais Vincent avait l'œil et me demandait de plus en plus souvent de pouvoir vous caresser. Cela me faisait plaisir intérieurement, au contact de ses mains sur vous, sur mes tétons, tout mon corps vibrait joyeusement. Pourtant, je n'en parlais pas car je savais que je transgressais un interdit.
Tant que vous étiez libres de soutien, j'adorais me lever le matin, car je sautais dans mes vêtements en une seconde et j'étais prête. Je pensais que devenir une adolescente avec des seins allait fortement me compliquer l'existence.
Parfois, je regardais le linge de mes sœurs dans le panier prêt à être repassé. Je voyais leurs soutiens avec de grandes formes (Matilda et Monique avaient de gros seins) et je ne m'imaginais pas porteuse de ces bidules rigides autour de vous. Je commençais à vraiment vous aimer car j'avais compris, grâce à Vincent, la jouissance que vous me procuriez lorsque vous étiez caressés. Et de vous laisser libres sous mes vêtements vous permettait d'être caressés par le tissu ou les mains qui s'y glissaient aisément. J'adorais cette sensualité ressentie grâce à vous.
Un jour gris, Maman a décidé de m'emmener dans un magasin de soutiens-gorge. Ce fut un après-midi horrible. J'étais dans la cabine, elle dehors à s'impatienter et la vendeuse, avec ses mains sèches et froides, venait chipoter sans cesse à mes seins dans les bonnets pour bien les mettre. Pire, il fallait acheter une taille un peu trop large car ils allaient vite grandir selon ma mère. Je détestais cette bonne femme chipoteuse, ce soutien qui me serrait le corps comme un corset et me piquait la peau. Horrible dentelle qui me grattait sans cesse. Fini l'enfant sauvage qui laissait ses seins libres sous la blouse. Dans la voiture au retour, j'en ai pleuré. J'ai très souvent oublié de le mettre en m'habillant, mais je me faisais réprimander par Maman qui me disait que vous alliez tomber.
Matilda et Monique cachaient leurs seins et tout leur corps d'ailleurs, leurs décolletés étaient proches du col roulé et je pensais donc que je devais faire comme elles. Puis ce fut Paul qui m'a éveillée à mon corps vers mes 12 ans, à tout mon corps. Il me proposait de m'habiller avec des vêtements plus féminins mais je sentais que je ne pouvais pas. Je savais que pour mon père, si je vous montrais, je commettais un crime. Du coup, quand il a voulu m'offrir un soutien qui vous mettrait en valeur avec un joli chemisier décolleté, j'ai refusé. À cette période, je me sentais féminine toute nue. Avec des vêtements, je me sentais dans un conflit de loyauté familiale. Je regrette à présent de ne vous avoir pas mieux honorés à l'époque, mais ma féminité ne pouvait exister au regard de Papa.
J'avais une amie, Laïla, qui dès ses 15 ans avait de très gros seins par rapport aux miens qui gardaient une petite forme. Je la trouvais indécente car elle laissait son chemisier ouvert trop bas. En fait, elle était féminine et n'en était pas gênée, voire honteuse comme je l'étais. Vers mes 17 ans, c'est la révolution, les soutiens au placard ! Je décide de ne plus en porter. Retour à la liberté. Mais devant la glace vous n'aviez pas de jolies formes sans soutien, alors j'en ai remis un, mais cette fois avec plaisir de vous rendre jolis et plaisants à regarder.
Arnaud, mon mari, est l'homme qui vous honore le mieux depuis 24 ans. Il vous adore. Il me le fait savoir chaque fois qu'il vous voit, il vous caresse sans cesse. Grâce à lui, j'ai vraiment appris à vous aimer, à réaliser combien vous participez entièrement à ma féminité.
Quand j'ai été enceinte, mes seins sont devenus énormes surtout juste avant l'accouchement de chacun de nos fils. Arnaud adorait les voir avec pareil format. Mais dès les naissances, il déchantait car vous regorgiez de lait et vous toucher le rendait mal à l'aise. Quand j'ai décidé d'allaiter mes garçons longue durée, il s'est senti bizarre, il acceptait mais un peu à contrecœur. Ce partage de mes seins avec mes fils, jusqu'à leurs 14 mois pour chacun, lui fut difficile. Je crois qu'il ne vous touchait plus, car il vivait cela comme un inceste : lui et ses fils aimaient les seins de la même femme. À chaque sevrage des garçons, il a donc été super heureux ! Vous lui reveniez enfin entièrement.
Moi j'ai adoré me servir de vous pour allaiter. D'abord c'était naturel et en plus quel service ! Le lait était toujours prêt, il montait juste avant que les enfants ne pleurent pour manger. Quand vous étiez un peu taris, j'écoutais mon intuition, je me reposais et buvais de l'eau et à nouveau vous regorgiez de lait. Quoi demander de plus. Mon corps fonctionnait à merveille.
À 49 ans, je ne suis pas encore capable de m'habiller de façon féminine mais, en ayant le désir de vous racheter de jolis soutiens-gorge, j'ai entamé le changement.
Depuis avril 2009, vous êtes devenus le centre de mon attention. Un choc, une grosse émotion vis-à -vis de mon mari a créé une boule dans mon sein droit. C'est lui qui l'a découverte en me caressant, il était fort inquiet. J'ai de suite pensé au cancer, ensuite je me suis apaisée car en mon for intérieur, je ne me sentais pas sujette à cela. Finalement, une mammographie a confirmé ma certitude de bonne santé. J'ai réalisé que je vous aime, que je tiens à vous car vous faites partie intégrante de ma personne physique et mentale, corporelle et féminine. Je vous aime car chaque soir je découvre grâce à vous de nouveaux plaisirs, stimulés par les caresses, celles d'Arnaud et les miennes, lorsque je vous palpe pour sentir si vous êtes bien en forme. Après quelques discussions profondes au sein de mon couple et les changements d'attitude d'Arnaud, le kyste a disparu.
Cette année, en juin 2010, une violente discussion avec ma sœur aînée déclenche un autre kyste, au sein gauche cette fois. Je n'ai toujours pas refait de mammographie car le souvenir de ce genre d'examen me répugne : vous y êtes trop maltraités, des mains sans douceur vous attrapent, vous coincent dans un gaufrier, vous pressent. Je ne veux plus vous faire subir cette maltraitance. Je préfère vous parler, vous soigner tendrement. J'écris à ma sœur mes ressentis, je brûle les lettres et lui envoie mon point de vue par la fumée, comme les indiens. Après avoir travaillé sur mon histoire familiale et osé à nouveau la confrontation avec ma sœur, je réalise que je suis capable de me dire en profondeur et de me protéger. J'aime à penser que c'est grâce à mon implication et ma transformation que mon deuxième kyste a lui aussi disparu.
Merci d'être là , très chers seins, jolis, purs, tout simplement beaux de tous ces cadeaux de vie que vous m'avez offerts si généreusement depuis ma naissance. Mes seins, je vous aime.
— Andréa
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Adèle
Habiter enfin ce corps qu'on a fui
Enfant, je ne me souviens plus de ma première rencontre avec mes seins. Je voyais les seins de ma mère régulièrement. Pendant notre enfance mes parents étaient nus devant nous et nous aussi très facilement, sans pudeur, naturellement. Ma mère m'a allaitée et bien qu'étant la deuxième enfant j'ai été la première à être allaitée.
Un peu plus tard, j'avais une crainte intérieure : celle de ne pas avoir de seins quand je serais « grande ». Moi qui étais longiligne, fine et pas maternelle du tout, je pensais que mes seins ne pousseraient pas.
Pas du tout pudique. Comme nos parents nous montraient un exemple naturel et simple, nous les imitions. En vacances, sur les plages, ma sœur et moi ne mettions pas de « soutien-gorge » quand nous étions des petites filles. Et devant notre frère nous n'avions aucun complexe. Comme j'aimais me déguiser, j'ai joué à me mettre une « fausse poitrine » sous mes robes et mes chaussures à talon.
Vers 12 ans mes petits seins ont commencé à pousser. Les émotions et les sentiments étaient ambigus, un mélange de fierté et de complexe. Surtout qu'au tout début, il n'y a qu'un sein qui pousse ! Je me souviens aussi que c'était « douloureux » ou qu'en tout cas on ne pouvait plus exercer de « pression » dessus. J'ai une photo de moi en débardeur jaune avec mes premiers petits seins qui pointent. J'adorais cette photo.
Dès le début de notre puberté, chacun ne s'est plus montré nu dans notre maison. Une grande pudeur est née. Mon père qui ne montrait pas de signes d'affection avant, qui nous « rejetait » quand nous voulions lui faire des bisous n'a pas changé à cette période.
Le premier homme significatif de ma vie d'adolescente, je m'en souviens très bien. Mes seins ont atteint leur « maturité » les mois qui suivirent. Un 90 B bien rempli. Là , ils devinrent attirants. Il faut dire qu'à la danse, je portais jusqu'à ce jour un justaucorps avec limite un col roulé, quand du jour au lendemain je changeai complètement de « look » pour adopter un autre style vraiment très sexy avec un grand décolleté qui laissait voir ma jeune poitrine ferme et généreuse. Mon professeur de danse, de plus de 20 ans mon aîné, me toucha un sein un jour où je faisais mes étirements à la barre. J'étais troublée mais j'ai aimé ça. Il y avait une grande énergie qui circulait, quelque chose d'incroyable. La veille de mes 15 ans nous sommes devenus « amants ».
Je me souviens du premier jour où il me déshabilla. Lui qui connaissait « la vie », « les femmes », qui cumulait les conquêtes avait dit : « tu as une poitrine exceptionnelle, tu peux me croire ». Bien sûr j'étais très flattée, mais là encore les sentiments étaient très ambigus, un mélange de provocation et le fait d'être complexée. En fait, je n'habitais pas encore mon corps. Ce nouveau corps.
À 18 ans je connus mon « premier amour » et j'étais déjà complexée par mes seins que je trouvais « vieillis » et plus aussi beaux qu'avant !!! Je me souviens que j'aurais aimé qu'il connaisse mes seins de mes 15 ans. La nature m'avait donné les proportions parfaites pour le métier de mannequin. Est-ce que je rêvais d'avoir d'autres types de seins ? Oui, les mêmes, plus fermes (ceux de mes 15 ans quoi !) mais pas plus gros. Je leur trouvais une forme un peu en « poire » et je voulais des « pommes ».
À 19 ans je tombai enceinte suite à une relation violente. À 20 ans j'étais « mère célibataire ». Pendant ma grossesse je refusais de me montrer en maillot de bain (il fallait cacher mon enfant, c'était l'enfant de « la honte »). Oui j'ai allaité mon fils 1 an. J'étais très consciente des bienfaits du lait maternel. Comment ai-je vécu la transformation de mes seins pendant la grossesse ? Assez mal. Ils sont devenus énormes. Il fallait les cacher comme l'enfant que je portais.
Mes seins après l'allaitement étaient vidés. Quoi qu'il en soit, mes seins étaient creux, vides, tombants, couverts de vergetures, comme s'ils avaient vécu un grand combat. L'homme avec lequel je devais me marier vers 28 ans me suggéra de me faire refaire les seins. J'ai été choquée. C'était un extrême extériorisé d'un manque d'amour que je portais intérieurement mais dont je ne me rendais pas compte.
Plus tard, vers 31 ans, mes seins effectivement retrouvèrent un peu de volume. Je tombai amoureuse d'un garçon et je fus aimée en retour. Je ressentis pour la première fois depuis mon adolescence des sensations de vie dans mes seins. Sans même qu'il me les ait touchés. Rien que de voir cette personne. Ce fut bon de me sentir vivante à nouveau dans cet espace de mon corps qui semblait complètement anesthésié.
Ce garçon m'a prise en photo (habillée). Et là ce fut une prise de conscience pour moi. Je ne me laissais jamais prendre en photo mais comme je me suis sentie aimée je l'ai laissé faire. Je me suis vue. J'ai vu mes seins, compressés sous une robe que j'adorais et que je portais souvent. Mais cette robe avait la particularité de m'écraser la poitrine. J'ai vu que mes seins étaient tombés très bas. Dans ce renouveau amoureux et de séduction, je me remis à racheter de la lingerie neuve et colorée. Ma silhouette a complètement changé et il a fallu vraiment assumer cette transformation vis-à -vis de moi-même et de mon entourage.
Ma relation avec ce garçon n'a pas duré mais elle m'a stimulée. Par rapport à la société, je ne suis pas très à l'aise d'afficher avec des décolletés sexy ma poitrine. J'ai toujours de la difficulté à assumer les regards sur mon corps en général et mes seins en particulier. Je me sens salie par certains regards. Rares sont les personnes qui savent regarder d'ailleurs.
— Adèle
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À-Ma-Zone
Traverser, encore et encore, et aimer la vie
Mes petits seins… C'est quoi des seins ? Avant ceux de ma mère à travers le trou de serrure de la salle de bain ou ceux de la maman d'une amie qui allaitait son 5ème enfant ?… Avant que vous ne commenciez à vous former, à me donner des formes féminines, je n'attachais pas d'importance particulière à vous ; vous faisiez partie de mon corps, égal à celui de mes frères ou de ma sÅ“ur. Je n'avais aucun problème à me montrer nue, « égale » lors des bains.
Vers environ 8 ans, il y a eu un peintre en maison, qui m'a caressé la vulve (pas les seins, je n'en avais pas encore !) et j'aimais bien cela, bien que je sentais intuitivement qu'il y avait quelque chose de « pas bien » à ça. J'avais honte, voilà pourquoi je n'ai pendant longtemps jamais osé en parler.
J'ai commencé à prendre conscience de vous lorsque vous vous êtes mis à vous « pointer » : d'abord la phase plaque de « 5 francs » si sensible, ensuite en voyant ceux de ma sœur, mon aînée de 3 ans, prendre forme. En vacances, elle recevait d'un coup une autre attention, un bikini, avec lequel elle devait poser pour des photos… Je vous revendiquais aussi une place, mais suis remise tout de suite au rang de « slips ». Une cousine plus âgée « au pair » m'emmène dans un magasin pour m'acheter un maillot, ouf ! Mais mes frères se moquent de moi et descendent constamment mes bretelles… L'année d'après ma mère concède qu'il est temps de m'acheter un maillot approprié ; elle m'en achète un trop grand, disant que mes seins prendront vite plus de volume : rire et dérisions de mes copines à la piscine, qui s'amusent à pointer les doigts dans les bonnets, les laissant avec un creux. Je range le maillot au fond de mon tiroir…
Et mes seins ? J'étais fière d'eux, je voulais montrer que j'en avais aussi maintenant, et ensuite, je me mets à les cacher par peur de la dérision… Quelle place j'ose encore prendre et vous donner ?… Non, je vous aime comme vous êtes : ronds ! Seul hic : où sont mes tétons ? Le peu de seins que je vois autour de moi en ont tous ! Je me gêne de cette « bizarrerie » et continue donc à vous cacher.
Je n'ai pas osé profiter de mon adolescence et expérimenter beaucoup avec les garçons alors que j'en rêvais, parce que là aussi, mes frères et ma sœur se moquaient depuis longtemps de moi et de la facilité que j'avais dans le contact avec les garçons. J'ai attrapé peur de « séduire » en plus…
En 86, après 2 ans et demi de mariage, mon mari panique en disant qu'il va avoir 30 ans et qu'il n'est pas encore père ; je lui réponds que pour moi cela ne pose pas de problème, et que je ne me sens pas encore prête. Sur ce il déclare « que je ne serai jamais prête ». Piquée, je veux lui prouver le contraire, j'arrête la pilule et je suis en « sein-te » 2 mois plus tard. Vous vous gonflez et vous préparez à votre nouvelle tâche, et débordez déjà de colostrum.
Après l'accouchement, l'allaitement s'annonce difficile à cause de vos tétons rentrés, mais je persiste, même si le jeune papa ne veut pas vous sucer afin de vous faire pointer. À chaque tétée, vous inondez le visage de ma fille du lait qui jaillit de vous, même avant qu'elle n'ait réussi à vous mettre en bouche : une vraie voie lactée. On a quand même réussi, et en plus on a beaucoup de lait ! J'aimais cette odeur chaude et humide et ce goût sucré. L'allaitement m'a appris à prendre soin de moi et de vous.
Mais vous ne végétez pas : 2 ans et demi plus tard, je découvre un petit « noyau de cerise » dans le sein gauche… Malgré les tests négatifs, c'est moi qui insiste pour qu'on m'enlève quand même ceci. Je vous voulais en ordre avant une prochaine grossesse… Ma mère me disait : « petite boule, petite cicatrice » ou encore une amie : « une petite croix sur ton sein pour que ton mari sache où te donner ses bisous les plus doux ». Contre toute attente, les résultats disent : « cancer canalaire, invasif ». On m'enlève toutes les glandes dans l'aisselle, je vous garde, et reçois de la radiothérapie.
Finalement mon mari et moi nous séparons. Très vite, trop vite à mon goût, je suis tombée follement amoureuse. Jamais je n'avais senti tant d'honnêteté dans ce que je ressentais pour quelqu'un. J'ai aussi « découvert » mon corps ainsi que la profonde jouissance qu'il me permettait de ressentir.
Un an après la séparation d'avec mon mari, je sens à nouveau une boule, au même endroit qu'il y a 5 ans… Le verdict tombe : de nouveau « cancer canalaire, invasif » et on insiste pour une mastectomie totale du sein gauche, voire les 2 seins. Oh non !!! Maintenant que je commence à prendre conscience de mon corps, de vivre et de célébrer ma féminité, mes seins… on veut couper dedans, les mutiler… Mon copain m'introduit dans le monde parallèle de la médecine. Ensemble nous allons consulter un autre médecin. Ce dernier me donne son interprétation : cancer mammaire en phase de guérison, conflit du nid, il n'est pas nécessaire d'enlever le sein gauche, mais bien de ne pas avoir peur.
Honnête avec moi-même, j'avoue que j'ai encore peur du cancer, donc j'accepte l'ablation du sein gauche, ainsi que la chimiothérapie. Sa présence dans ma vie, et à mes côtés fait que je survis de justesse ; MERCI À LUI de m'avoir, littéralement, re-donné vie ! Pourtant je crois que toutes les complications ont fait que je n'ai pas eu et pris le temps de le pleurer celui de perdu. Pendant 3 ans j'étais satisfaite avec une prothèse dans mon soutien ; ce n'était pas tant le manque d'un sein qui me gênait, non, plutôt le déséquilibre, la disharmonie avec l'autre…
Après avoir parcouru, seule, plus de 1200 km à pied sur un long chemin de pèlerinage, je décide quand même pour une reconstruction. Je choisis cela surtout pour le pratique. Je sais bien que ce ne sera plus jamais le vrai jumeau de l'autre, mais bon…
Et ainsi continue la vie, avec ses joies et ses peines. Aujourd'hui je vais re-bien ; je remercie mon corps vivace d'être fort et de si bien se remettre à chaque fois ! Je me relis et remarque que dans cette lettre, j'ai arrêté de « vous » parler à partir du chapitre « cancer »… Je vous remercie de votre endurance pour continuer à me rappeler à l'ordre. Et puis, pas de lettre d'adieu, pas de remerciements pour les bons et loyaux services, pas d'enterrement symbolique… juste un vide désespérant. Le vide désespérant d'un torse avec un manque.
Je me souviens d'une lettre reçue dans laquelle il y avait la phrase suivante : « Un nodule dans un sein n'est autre qu'un bourgeon d'amour qui ne demande qu'à éclore. » Mes petits seins, merci de continuer de me rappeler à la vie, à l'amour. Je vous aime !
— À-Ma-Zone
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Léa
Quand les seins écrivent pour réveiller
Chère Léa, est-ce que tu nous entends ? Nous crions vers toi, nous hurlons, même, nous sommes au maximum de notre force, au bout de nos possibilités ! Nous étions toujours tellement comme il faut, juste beaux, pas trop petits, pas trop gros, que nous sommes passés inaperçus, que tu n'as pas eu à t'occuper de nous. Nous avons été caressés, aimés, nous avons nourri tes enfants : nous avons bien joué notre rôle, nous avons accompli notre mission.
Mais maintenant, nous avons une autre mission : celle de te réveiller. Il est temps que tu ouvres les yeux, que tu ouvres ton cœur, et que tu laisses s'écouler tout ce que tu as supporté, ces colères enfouies, le sentiment de ne pas être comprise, de ne pas être acceptée et aimée pour ce que tu es.
Va jusqu'au bout, ose, n'aie pas peur de t'exprimer, de révéler le caché, le secret, l'indicible. Lâche la honte et le sentiment de culpabilité qui se sont associés ici pour t'accabler encore plus. Laisse glisser tout cela, sans heurts, sans brutalité, dans la douceur : tu n'en as plus besoin… Là n'est pas ton identité.
Il est temps que tu nous écoutes, que tu sois consciente de la femme que tu es, que jusqu'à présent tu as tenue bien cachée ; il est temps que tu vives ta féminité, que tu reconnaisses tes besoins pour pouvoir y répondre. Sache que la femme n'est pas mauvaise en soi, elle n'est pas pécheresse ni responsable de la chute du paradis !
Elles avaient bien appris à se taire, toutes les femmes de ta lignée, qui t'ont précédée en t'amenant le courage et la ténacité ; elles avaient accepté le diktat, mieux vaut ne rien dire, ne pas faire d'histoires, la vie est plus facile ainsi. Certaines ont vu cette souffrance s'inscrire dans leurs seins.
Il est temps de laisser tomber ce manteau lourd comme du plomb et d'apprendre que tu peux vivre en magnifiant ta sensibilité dans la création et dans l'intuition. Mets-y une once de tendresse, sans oublier la force, l'énergie et la puissance qui t'habitent, que tu as reçues en héritage de tes ancêtres !
Nous guérirons quand tu auras vidé ce sac rempli de souffrances, que tu l'auras transformé en tremplins de guérison. Nous retrouverons notre belle forme, nous redeviendrons doux comme du velours… Après, va vers les autres, vers les femmes qui sont confrontées à des situations semblables, donne-leur de l'espoir, dis-leur d'avancer, sans peur. Dis-leur d'aimer la vie, de s'aimer elles-mêmes et d'aimer les autres, de s'ouvrir à la beauté du monde, à la douceur, à la tendresse. Nous t'embrassons. Tes seins.
— Léa
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Morgan
D'un corps rejeté à des seins-baromètres
Mes très chers seins, je ressens une joie puissante qui jaillit de mon cœur. Je vous écris, incroyable mais vrai. Nous avons vécu une réelle histoire. Une cohabitation qui a été difficile et qui aboutit enfin à un amour de plus en plus rayonnant.
Notre histoire avait pourtant bien commencé : je me souviens de vous à l'île de la Réunion, quand je courais seins nus sur la plage. J'aimais ces moments de liberté où je ressentais en moi, du haut de mes 4 ans, tant de féminité. Je me revois sur les photos, heureuse d'être photographiée avec les chaussures de ma mère, son collier de perles rouge au cou, torse nu, arborant mon désir de devenir un jour une femme.
Qu'a-t-il bien pu se passer ensuite pour que je devienne un garçon manqué et que plus aucune de mes pensées ne se dirige vers vous ?
Ma sœur a les seins qui poussent et ses règles arrivent ! C'est la révolution à la maison. Ma maman sacre l'événement de ce passage par un cadeau. Ma sœur ressemble à une femme de magazine. L'écart entre elle et moi s'est creusé, j'ai l'impression d'être devenue un vilain petit canard et même si quelque part au fond de moi j'ai le souhait de redevenir féminine, je suis comme paralysée, impossible de changer de route.
Voici venu mon tour, vous commencez à grossir. Je trouve cela horrible. Je n'ai qu'une envie, c'est que vous vous dépêchiez de prendre plus de volume parce que mon torse me dégoûte quand je vous regarde à peine gonflés.
J'ai hâte d'aller chercher mon premier soutien, ce sera le signe que vous avez pris une réelle place. C'est un beau moment, je me sens importante. Les modèles ne sont pas extraordinaires. Je ressors avec un truc très classique avec de grosses bretelles qui en fait ne me plaît pas trop. Il me fait penser à un soutien pour handicapé, rien de féminin.
Je suis devenue pudique, plus question de vous montrer tout azimut. Un an plus tard, je suis libérée… le monokini est de retour. Je ne vous aime pas trop, voire pas du tout. Vous avez une forme que je trouve pendante et je n'aime pas vos grandes auréoles. J'aurais tant aimé que vous soyez mignons à croquer comme les seins de ma sœur que je trouve parfaits. Ma maman me fait faire le test du crayon : si le crayon tient sous le sein, c'est qu'il pend. Le crayon ne tient pas mais je vous trouve pendants quand même. Beurk.
C'est peut-être les commentaires que ma sœur a émis à votre égard qui m'ont fait vous voir comme cela. Elle commentait aussi mes épaules : « tu as des épaules de tonnelier ». C'est dur parce que je le crois. C'est vrai qu'avec mes 15 heures de sport par semaine, mon corps ne ressemblait pas vraiment à une sauterelle. Je suis un tas de muscles, rien de féminin.
Ma féminité a commencé à s'amplifier à mes 12 ans, quand j'ai rencontré Alain, mon professeur d'anglais. Je savais qu'il me faudrait du temps pour devenir autre chose qu'un garçon manqué, mais que je finirais par y arriver. Ce jour-là , j'ai jeté mon biberon, arrêté de sucer mon pouce, et j'ai attendu patiemment que mes cheveux poussent aussi vite que mes seins.
J'avais une amie qui avait des seins si gros que les garçons lui donnaient le nom d'une marque de lait de l'époque ! Elle utilisait très fort ses « obus » comme atout. Je trouvais cela déplacé et je me plaisais à jouer mon rôle de prude, de jeune fille vertueuse. Ma règle était très simple : il était hors de question qu'un garçon vous touche directement ! Il était prié d'attendre. Je ne comprenais pas pourquoi les garçons fantasmaient sur deux tas de graisse, je trouvais cela dégueulasse.
Un jour, ma mère m'a montré des photos de ses seins quand elle avait 25 ans. J'ai été bluffée ! Tout d'abord qu'elle se soit laissée photographier à cette époque, et de deux, par la beauté de sa poitrine. À nouveau, je me suis sentie vilain petit canard ! J'aurais tant voulu que vous soyez aussi beaux que les siens. Je sortais de son ventre, ça aurait pu être possible !
À 19 ans, je rencontre Diego. Il aime mon corps. Une guérison s'opère. Mes seins deviennent une arme de séduction. J'achète de beaux sous-vêtements. Une nouvelle amie me fait découvrir les soutiens push-up. Avec un push-up, vous êtes comme dans la pub ! Je suis à présent la femme de la maison qui a les plus gros seins et je me plais à me balader ainsi.
À 23 ans, je fais mon baptême estudiantin. Nue sur la scène, une foule de femmes me regardent ; elles sont censées me trouver un défaut corporel et me le scander. Après un silence qui me paraît une heure, une voix s'élève, suivie de cent autres : « elle a les seins qui pendent. » J'en ai été profondément blessée et je vous ai cette fois clairement détestés. J'ai voulu vous opérer, vous remonter ! Heureusement, ma maman a eu les mots qu'il fallait, et vous avez été sauvés de la boucherie.
Je ne supporte pas qu'un homme vous touche en dehors de l'acte amoureux. Pourtant, petit à petit, ma présence à vous vous aide à vous réveiller, je crois… ou je vous autorise à vivre, plutôt. Il est clair que je sais jouir à travers vous, mais ce luxe, je ne l'autorise qu'aux hommes dont je suis amoureuse.
Un jour, j'apprends que des photos de mes seins, prises autrefois, avaient circulé à mon insu, dans un contexte que je n'avais pas choisi. Je réalise aujourd'hui tout ce que j'ai dit sur vous, tout ce que vous avez dû entendre, et je m'en excuse du plus profond de mon cœur. Pardon.
Les mois passent. Voilà que je fais une grossesse nerveuse ! Vous devenez gros et douloureux comme des obus. Vous criez, à travers moi, mon désir d'enfant. Vous me ferez plusieurs crises du genre. Aucun médicament ne vous soulage… seuls l'hypnose et les dessins criant ma souffrance me réconfortent.
Enceinte, vous devenez énormes ! J'adore ! Je suis fière ! Je vous bichonne enfin et prends plaisir à mettre de l'huile sur vos tétons, dans l'espoir de pouvoir allaiter mon enfant. Je saute de joie : vous m'aidez à allaiter ! Alice me réveille dix fois par nuit ! Elle réclame mon sein nuit et jour. Je vous donne sans discernement, vous êtes à sa merci… et moi aussi. Je crève.
J'allaite partout ! J'adore cela ! J'ai l'impression d'être la Madone. Il n'y a rien de plus pur qu'un sein qui allaite. Mais je me fais jeter par mon frère devant toute la famille : pour lui, c'est chez les sauvages qu'on allaite. Je suis sous le choc, personne ne me défend.
Après l'allaitement, vous êtes vidés, mais je vous aime beaucoup plus et je vous regarde dans la glace avec amour, je vous touche avec gratitude. Le deuxième allaitement fut encore plus merveilleux : j'ai mis mes limites, je n'ai plus eu la souffrance de la fatigue.
Je me sépare du père de mes enfants et vous dépose à nouveau dans des mains que j'aime profondément, celles de Lancelot. Il vous adore, vous vénère, prend soin de vous.
À cette période, mes enfants retournent parfois dormir chez leur père. Et qu'on ne se méprenne pas : ce n'est pas lui que je crains. Je sais qu'il les aime. Ma peur est ailleurs, plus sourde — celle qu'il ne perçoive pas certains dangers venus du dehors, ceux qui rôdent autour du nid sans bruit. Moi, mes seins le sentent, ce danger ; ils se serrent, ils m'alertent. Mais lui n'a pas ces antennes-là . Et comment confier ce que mon corps perçoit à quelqu'un qui ne le perçoit pas ? C'est cela qui me tient éveillée : non pas ce qu'il ferait, mais ce qu'il pourrait ne pas voir.
Chaque soir, je vous blottis contre le dos de Lancelot. Je vous y sens bien au chaud et je vous parle. Je me laisse aller dans cette rééducation à la tendresse. Une fois mon nid retrouvé, je décide de le peindre quand mes enfants sont chez leur père : j'en fais une maison arc-en-ciel. C'est une façon de sublimer notre séparation douloureuse, d'écouter mes émotions, de développer mon intuition et ma féminité.
Je reçois un cadeau de ma maman qui s'excuse de ne pas m'avoir allaitée : deux belles paires de seins en carton avec de jolis bouts roses, où il est inscrit « Serre-moi » et « Sers-toi ». Je reçois ainsi toute une part de douceur d'un coup. Oui, être serrée contre les seins de maman m'a manqué. Je le reconnais, je le sens.
Aujourd'hui, vous continuez à être mis au chaud dans le dos de Lancelot par pur plaisir. Je vous écoute, vous êtes devenus mes baromètres. Et à chaque changement secouant dans les différents nids de ma vie, je pose des actes pour prendre soin de vous et gérer ainsi chaque situation au plus vite et au mieux. Après ce long chemin de rejet, je vous regarde dans le miroir, si émue de vous trouver de plus en plus beaux.
Notre route est encore longue, notre histoire est belle, et ensemble nous pouvons enfin aider plein d'autres femmes et d'autres seins à s'entendre de plus en plus profondément, comme nous. Je vous aime de tout mon cœur, merci pour tout, merci d'être vous.
— Morgan
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Isadora
L'amazone, et le deuil d'un sein
Lettre à mes seins ou à mon sein peut-être, puisqu'il y en a un qui m'a quittée. L'histoire ayant débuté avec deux seins, je commencerai par la lettre à mes seins.
Ils ont dû tarder à venir vu que je me souviens avoir vu les copines avec des soutiens, et moi rien. J'ignore si cela m'inquiétait, je n'ai pas de souvenir. Par contre quand ils ont commencé à pousser… aïe ! C'était douloureux. Vous avez commencé par une petite boule dure qui me faisait très mal.
Ai-je parlé de vous à ma mère ? Si je l'ai fait, j'ai dû obtenir une réponse du genre « c'est pas grave, c'est normal, ça va passer ». Je pense m'être occupée de vous seule, sans comparaison avec personne. Sans surtout vous montrer.
Je n'avais pas de problème avec vous une fois le cap du développement passé. Je n'en étais ni fière ni gênée. En fait, lorsque la douleur s'est apaisée, je vous ai oubliés. Je vous achetais des soutiens sans jamais faire attention à l'esthétique ; ils n'étaient donc pas terribles ! C'était juste un instrument servant à vous soutenir correctement, puisque c'était le souci de ma mère.
Que représentiez-vous ? Pas grand-chose. Vous étiez là , c'était comme ça et c'est tout. Vous n'étiez pas importants. Pourtant votre taille me satisfaisait, ni trop petits ni trop gros, juste comme il faut. Je pouvais comparer dans les vestiaires et j'étais contente des miens, sans pour autant m'en soucier beaucoup.
C'est le contact avec l'homme qui m'a fait comprendre leur importance. Au départ seulement à ses yeux, et finalement, avec le temps, aux miens également. J'ai donc porté beaucoup plus attention lors de l'achat de soutiens, qui n'étaient plus seulement un instrument. Un décolleté était devenu plus acceptable. Le regard de mon compagnon, son toucher ont changé le regard que j'avais de moi-même. Mes seins, vous deveniez importants.
Pourtant la nudité a toujours posé problème. Difficile de me montrer ; l'expérience du monokini ne m'a pas plu, et encore moins le nudisme. Mon corps m'appartient et je n'apprécie pas de le montrer.
Pour la maternité, je vous ai préparés parce que je tenais à allaiter mes enfants. Je n'ai pu le faire que peu de temps. Vous me faisiez trop souffrir et ça m'a fâchée. Je crois que leur transformation m'a plu : vous étiez plus volumineux, mais c'était pour la bonne cause. Mon compagnon les aimait, les a toujours aimés.
Finalement, vous comptiez plus par rapport au regard de l'autre que pour moi. Même si, tout de même, vous me procuriez du plaisir. Honnêtement, je ne vous ai réellement pris en considération que le jour où j'ai senti une grosseur dans le sein droit. Là , directement, ce fut la panique. Je savais !
Bizarrement, j'ai toujours craint le cancer. Pourquoi ? Je ne connaissais pas de cas. Vers 25 ans, j'ai demandé ma première mammographie parce que j'étais inquiète. Et puis un jour, quelque chose ne va pas. Là , je prends vraiment conscience de votre présence et de la peur que j'ai de vous perdre. Je ne veux pas vous perdre, même pas un petit bout. Je veux vous garder.
Mais voilà , les médecins en ont décidé autrement. Et c'est l'ablation totale du droit. Et c'est la cata. Il me manque un bout et je me sens très mal. Un côté plat, je sens mes côtes, et c'est l'horreur. Il me faudra environ 4 mois avant de pouvoir regarder le résultat, de me regarder dans le miroir et de sentir. Je ne porte plus de soutien pendant cette période. Impossible. Combler l'absence avec… je n'y arrive pas. Jusqu'à la prothèse externe qui arrange un peu les choses quand je suis habillée. Mais matin et soir, lors de l'habillage, du déshabillage, de la douche… c'est chaque fois un supplice. Me voir, me sentir… horrible.
Tu me manques, mon sein droit, à un point que jamais je n'aurais imaginé. Et là , tout de suite, voilà l'émotion qui refait surface. Je suis amputée et ça fait très mal.
Je suis une amazone, et ce mot me plaît. Il sera pendant un moment le message d'accueil sur mon téléphone, et il est encore le mot de passe pour plusieurs choses. Tu as été enterré, symboliquement, au sommet d'une dune, dans un désert lointain. J'y ai fait mon deuil de toi.
Ensuite, je t'ai remplacé, c'était indispensable. Ton espace est aujourd'hui comblé par une prothèse interne qui reforme un peu la symétrie. J'avais très peur de ne pas pouvoir accepter ce corps étranger. Il m'a fallu du temps, mais aujourd'hui je me sens mieux.
Il me reste toi, mon sein gauche, dont je prends soin. J'accepte, depuis ma reconstruction, de me faire masser tout le corps. J'accepte de me montrer dans le cadre du massage. À celui qui m'a quittée : bon vent. Tu m'auras donné une leçon. À celui qui l'a remplacé, et au gauche : je vous aime.
— Isadora






